DC & Marvel

DC & Marvel

Vous l’aurez compris, mon billet n’évoquera pas un film en particulier mais s’attachera à un genre dans sa globalité, l’adaptation des comics au cinéma.

Loin de moi l’envie de tenter d’égaler les journalistes en cinéma, j’essaye d’élargir un peu l’envergure de mon blog en vous offrant (à vous, mes 3 chers lecteurs) une analyse totalement subjective des sujets en lien direct avec l’art cinématographique. Je vous invite donc à me faire des remarques constructives sur ce billet (pour m’amener à recommencer ou à me pendre tellement mon article est mauvais, à vous de voir).

Le sujet de ce premier article est lu et relu, mais les adaptations en chair et en os de Thor, The Green Lantern ou encore de The Avengers m’amènent à réfléchir à cette tendance lourde du cinéma : adapter les héros papiers issus d’une autre génération.

Conquérir les fanboys

Il faut tout d’abord remarquer que l’adaptation de ces chers super héros n’est pas toute jeune. Batman s’est d’abord vu adapté en série de laquelle a découlé un film (Batman Le Film), pour le moins kitsch au possible. Sans vouloir fouiller dans l’histoire du cinéma, on notera que les films Superman ne sont plus tout jeune, et que les excellentissimes Batman et Batman le défi de Burton, ne datent pas d’hier non plus. Mais la tendance actuelle va en s’alourdissant. On notera notamment les sorties récentes de Iron-Man, Spiderman, The Dark Knight et bien d’autres. Dans un premier temps, on pourrait penser qu’il s’agit simplement d’un genre particulièrement apprécié et donc particulièrement (sur?)exploité. Je crois pouvoir affirmer que ce fut le cas avec les adaptations médiocres de Daredevil ou Elektra. Il faut également noter que les studios ne prennent pas énormément de risques, les fanboys et geeks en tout genre étant tellement nombreux à s’accrocher aux moindres produits dérivés (et donc films) en lien avec leur comics favoris. Il n’y a qu’à voir la folie que représente la ComicCon aux USA.

Aujourd’hui, les studios de cinéma vont plus loin. En prenant exemple sur les comics sur lesquels ils s’appuient, ils dispatchent dans leur film des éléments d’autres super héros. Ils transposent ainsi complètement l’univers des comics, où les super héros sont plus ou moins liés ensemble, dans un nouvel univers, parfois sujet à des réinterprétations, mais cette fois-ci au cinéma. On se souviendra pas exemple de l’apparition subtile de Robert Downey Jr. sous les traits de Tony Stark, marchant d’armes émérite, devant Bruce Banner (mais si, pom pom pom Géant Vert!). En somme, ces petits cross-overs permettent de fidéliser le public, et gratifient le fanboy, qui y verra une dédicace personnelle (notez l’effervescence de la salle à chaque apparition de ces caméos et références).

Car c’est bien là toute la difficulté de ce renouveau cinématographique : convaincre les fanboys (sans trop dénaturer l’œuvre originelle donc) et convaincre un nouveau public (ouvrir l’œuvre au plus grand nombre). Il s’agit alors de proposer un compromis, qui sera forcément dénoncé par l’élite de la critique cinéma comme plat et inoriginal au possible, mais aussi par les fanboy les plus hardcores, qui se sentiront trahis car la couleur du slip du super héros n’est pas exactement rouge carmin, mais légèrement plus sombre (j’exagère à peine). N’étant pas un lecteur assidu des comics, je ne peux juger de la réussite de ces compromis, mais globalement, je pense que ce genre a su se créer une cohorte d’amateurs assez fidèles.

Consommer le cinéma autrement

Captain America

Les films se succédant, on peut se demander si le public ne va pas se lasser. Je vais exposer ici mon opinion totalement personnelle, que je vous invite à remettre en cause et à malmener (mais pas trop quand même… de toute façon je contrôle les commentaires alors… 🙂 ). Pour développer mon point de vue, il faut partir du constat que le rapport des gens au cinéma évolue. En effet, de plus en plus, la populace ne sort plus au cinéma, mais va au cinéma voir un film. Le différence est peu probante me direz vous. Il s’agit pourtant là d’un réel tournant à mon sens. Si dans ma jeunesse, aller au cinéma étant synonyme de sortie annuelle incluant restaurant, pop-corn (je n’aime pas mais il s’agit ici d’évoquer l’inconscient collectif) etc, actuellement, il s’agit plus de se cultiver (ou pas…) ou se divertir (ou pas…) une fois par semaine et de rentrer chez soi après et de se faire sa tambouille normalement. De la même façon que nous aurions pu regarder un film sur Canal + ou en Bluray. Se plonger un peu plus en avant sur les chiffres du cinéma nous permet de capter cette tendance (non je ne rentrerai pas dans les tumultueux débats sur les bienfaits ou méfaits du piratage!).

Et c’est ce changement dans le mode de consommation du cinéma qui peut permettre aux super héros de perdurer. Si le cinéma devient une activité mensuelle (de plus en plus vrai) voir hebdomadaire (mais tout le monde ne peut pas se payer le luxe d’une place de ciné par semaine… c’est un autre débat dans lequel je ne me risquerai pas), il devient possible de fixer des rendez-vous avec le spectateur. A l’inverse d’une série TV, il ne s’agit pas de faire revenir le public toutes les semaines, mais une fois toute les 2~3 ans pour une franchise, mais beaucoup moins pour l’univers en lui même. Ce concept d’établir une continuité dans les films, sans avoir une continuité dans les histoires racontées est assez récente: on la retrouve notamment dans le saga Harry Potter, les Pirates des Caraïbes ou encore dans la future série de films Kung-fu Panda qui devrait comporter pas moins que 6 films (à l’instar d’une certaine sixtilogie qui se déroule « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »)! Cette multiplication des films était par contre relativement mal vue dans les années 80, époque à laquelle il était préférable de s’arrêter à trois films, de peur de lasser son public (Indiana Jones, Retour vers le Futur, Die Hard… (notez que les années 2000 ont offert des suites à certaines de ces trilogies)).

Il s’agit alors de concevoir une sorte de série pour le cinéma, la façon de raconter l’histoire et le budget déployé étant dès lors complètement différents des schémas traditionnelles des séries TV. Ces gros budgets offrent aux spectateurs une expérience bien plus belle et travaillée que pour une série à la télévision. En conséquence de quoi, il est nécessaire pour le studio de rentrer dans ces frais, la sortie en salle étant un moyen efficace d’atteindre ce but. Cependant, l’achat d’une saison d’une série TV revenant à 40€ pour une quinzaine d’heures de programmes, le format actuel de la distribution nous amène à un film de 2h à 20€… Il faudrait donc peut-être revoir toute la chaîne de distribution, sinon suivre les aventures de nos héros en collant s’avérera réservé aux plus fortunés d’entre nous!

Entretenir le lien héros-spectateur

Mais il ne faut pas s’enflammer pour autant. Naturellement, une telle politique de construction d’un univers doit se faire dans une certaine cohérence. Il faut pour cela avoir des histoires à raconter. Ce type de film se basant entièrement sur les comics book, la trame relève pour beaucoup d’une simple rivalité entre un méchant et un gentil. Mais Marvel comme DC ont su donner à leur héros des côtés sombres, propres à amener le lecteur à se questionner, remettre en cause la valeur du jugement de leur héros. Cette profondeur, assez caractéristique de ces héros de papier, doit transparaître dans la version de chair et d’os.

Il est également nécessaire de créer un monde cohérent dans une même saga bien évidement, mais aussi sur l’ensemble des films. Si la continuité des acteurs n’est, à mon sens, pas très importante (on pourra penser à Hulk, mais également à James Bond!), celle des histoires parallèles l’est au plus haut point, sous peine de perdre une partie du public. Je base mon analyse sur le petit aperçu des Marvel dont je dispose. Dans ces comics, certains héros sont déclarés Killed In Action, puis reviennent d’entre les morts, certains passages sont occultés voir niés au fur et à mesure de l’histoire quant on ne reprend pas tout simplement l’histoire du super héros depuis le début. Un petit détour par la page Wikipédia d’un de ces sus-nommés héros achèvera de vous convaincre. On se retrouve au final avec une série originelle et achevée, mais également avec une série Ultimate où le protagoniste n’est pas mort etc…  bref, un beau micmac d’histoires parallèles. On tombe alors dans l’invraisemblable et il devient extrêmement compliqué pour un néophyte de prendre le train en route (avis aux lecteurs les plus jeunes, prendre un train en route est très dangereux, il ne faut pas le faire sans la surveillance d’un parent)!

Marvel semble avoir bien compris l’enjeu et nous propose actuellement un univers très riche, mais très bien construit, sur des base solides (en grande partie sur les Ultimates si j’ai bien compris), où on retrouve des personnages récurrents d’un film à l’autre (entre autres l’omniprésence du SHIELD). A noter qu’il est toute fois possible de visionner un seul des films sans avoir vu le reste de l’univers et apprécier le héros pour l’histoire qu’il nous dévoile. Marvel a eu l’intelligence de tiser une toile complexe de liens entre les héros, assez visible pour faire les associations nous-même, mais assez discrète pour ne pas occulter chaque héros derrière une trame globale trop lourde. J’espère que Xmen First Class saura respecter cette linéarité et ne pas imposer trop d’incohérences. DC pourrait nous offrir l’équivalent, La ligue des justiciers (regroupant SuperMan, Batman et bien d’autres) existant sur le papier. Mais pour l’instant, rien ne semble se profiler à l’horizon. Le nouveau Superman pourrait me donner tort.

The Avengers
The Avengers

Quid des reboots?

C’est une vraie question qui me taraude. Je pense qu’une simple remise à zéro d’un super-héros ne doit pas être faite à la légère. Dans l’absolu, je doute de l’utilité des reboots car cela peut induire des complexités inutiles dans la compréhension de l’univers. Dans certain cas, c’est nécessaire: si on pense à Batman, le dernier de la série initiée par Burton (mais salement achevée par d’autres) commençait légèrement à partir en sucette avec Mr Freeze (\o/). Dans ce cas précis, je pense que Nolan a fait un très bon travail, en reprenant un autre point de vue, un œil neuf sur ce super héros, en prise avec sa conscience. Les œuvres de Burton et Nolan traitent du même thème et du même personnage, mais pourtant d’une façon tellement opposée que je ne trouve pas ça gênant. Par contre, on est en droit de se demander les raisons d’un reboot de la série Spider-man. Bien que je ne sois pas un adepte des films de Sam Raimi, je me questionne sur cette nouvelle adaptation, très peu espacée en temps de la version précédente. Peut-être est-ce pour créer un lien avec l’univers commun des Avengers? Si tout ce passe bien, Wolverine devrait croiser la route de Thor, Hulk et Iron-Man dans les années futur, alors pourquoi pas Peter Parker?

Et le cinéma dans tout ça…

Green Lantern

Green Lantern

Car le cinéma, ce n’est pas seulement un héros, c’est aussi un réalisateur et des acteurs. Sur ce derniers points, on en arrive à s’interroger sur la compatibilité d’un agenda d’acteur avec les rythmes de sortie de ces films. Il suffit de jeter un œil sur Robert Downey Jr. pour se rendre compte que porter l’armure d’IronMan ne l’a pas empêcher de jouer brillamment dans Sherklock Holmes! Par contre, il est vrai que les acteurs vont vieillir plus vite que leur double héroïque. Si cette évolution est un atout pour faire avancer le protagoniste dans certaine franchise (notamment voire seulement pour Harry Potter), cela peut vite s’avérer problématique. En fait, de problématique il n’est que l’apparence (des acteurs), James Bond a eu nombre de visages sans que cela ne forme un véritable frein à la série. Il ne serait donc pas trop choquant que Hulk change de visage trois fois pour trois différents films (tiens donc… ne serait-ce pas justement le cas? 😉 ), le principe étant encore et toujours de préserver cette cohérence (cette fois-ci dans l’état d’esprit du personnage) nécessaire pour garder son public.

Vient enfin la question du réalisateur. A chaque réalisateur une façon de filmer, de diriger ces acteurs etc… Mais cette variance dans le nom des réalisateurs est vraie également pour les séries TV. Certains épisodes vont être vifs, rythmés et bourrés d’actions, d’autres vont traîner en longueur pour faire ressentir par exemple la douleur de la perte que vient de subir notre personnage principal. Cette variété est en fait un atout, qui permet à une saga d’avoir un nouveau rythme, de s’offrir un second souffle.

Parce qu’il faut bien conclure

J’entends déjà les vents violents des bobo du cinéma conspuant ces adaptations et  criant corps et âmes que ce n’est pas du cinéma, que c’est plat, que c’est niais etc… , à cette intelligencia cinématographique, je demande d’essayer d’ouvrir un peu son esprit. On ne lit pas du Proust comme on lit du Stan Lee. On ne compare pas les gribouillages du Pictionnary au Déjeuner sur l’herbe de Monet. Il faut savoir mettre un certaine distance entre l’art et le divertissement. Je ne dis pas pour autant que les comics book sont des œuvres pour grands enfant, le succès de Watchmen montre bien qu’un comic peut s’élever loin au dessus d’œuvres de littérature (classé parmis les 100 meilleurs romans par le Times), je dis simplement qu’il faut savoir faire un peu preuve d’ouverture d’esprit et prendre plaisir à aller au cinéma juste pour voir une nouvelle fois se jouer devant nos yeux le mythe du méchant qui affronte le gentil. Car le cinéma c’est aussi ça, ce n’est pas uniquement des Black Swan et Discours d’un roi.

Pour ma part, j’apprécie pleinement le divertissement proposé par ces univers extravagants. Si certains films peuvent être largement raté (les années 2000 ont vu leur lot d’échecs), d’autres sont haut classés dans mon panthéon cinématographique, notamment Hellboy. Je ne boude pas mon plaisir à voir ce que compose Marvel en ce moment, la globalité des films présentant un univers riche sur lequel il est intéressant de se pencher.

Le renouveau du film de super-héros, adapté de nos comics (ou plutôt de ceux de nos parents) est un passage dans le monde du cinéma. Ce genre durera peut-être encore 10, 15 ou même 20 ans. Tant que les studio font leur travail efficacement, pourquoi pas? En tout état de cause, je pense qu’une étape est franchie dans le cinéma, la barrière psychologique des trilogies est belle et bien tombée. Après tout, on acclame bien des œuvres littéraires en de nombreux volume (notamment Le cycle de Dune), alors pourquoi devrait-il en être différemment pour le cinéma?

En espérant que ça vous ai plu!

Super-héroder vous bien!

PastequeMan.