La Proie

La Proie

Ayant encore en bouche l’amer gout de la déception du thriller français A bout portant, je n’étais pas très enclin à me plonger dans une salle obscure pour voir La Proie. Mais coincé entre une fanatique de Dupontel et un avis plutôt positif de Gargamel (bienvenue à toi 😉 ), j’ai abdiqué (facilement car, de toutes façons, j’adore aller au cinéma pour voir tout et n’importe quoi… surtout n’importe quoi d’ailleurs 🙂 ).

Mon point de départ était donc deux acteurs (Dupontel et Taglioni), un titre et une affiche… Si j’apprécie beaucoup Dupontel dans la plupart de ces films, je dois avouer que j’étais largement moins convaincu par Alice Taglioni. Le titre La proie semble dévoiler l’intrigue du film : une chasse à l’homme, préjugé renforcé par l’affiche du film : Alice Taglioni poursuivant Dupontel. Me voilà avec un jeu de paramètres initiaux assez chiches et laissant peu de place à la surprise. Et pourtant…

La proie nous plonge dans ses premières minutes dans l’univers carcéral (d’une prison toute neuve je pense), puis logiquement dans la chasse à l’homme d’un prisonnier évadé. Mais la trame ne s’arrête pas à ça : si Dupontel s’évade de sa prison, c’est dans le but de pourchasser un serial-killer psychopathe (quel serial-killer n’est pas psychopathe?) qui menace de s’en prendre à sa famille. La proie devient de chasseur, et on voie une mise en abyme abyssale se dresser devant nous (les rôles de chasseur et de proie s’intervertissent sans cesse).

Le scénario est donc relativement bien ficelé, sans pour autant dévoiler toutes ces ficelles dès le début de l’intrigue. Albert Dupontel, qui n’a plus rien à prouver, campe de façon convaincante ce détenu, violent mais habité par un instinct de protection envers sa famille. Alice Taglioni est pour une fois dans son rôle, et ne le survole pas trop. On la prend au sérieux en inspectrice de la Police Nationale.

Je reprocherai par contre au film son manque de prise de risque dans la mise en scène. On a droit à un film haché, bien construit, rythmé, mais sans réelle innovation dans la façon de conduire le film. C’est dans ces points de détails qu’on situe la différence entre un bon film et un grand film. Je n’ai pas également senti l’intérêt des deux scènes de violence gratuite au début du film : l’interpellation de la police ne donne aucune suite dans le film et la bagarre dans la prison n’est pas primordiale à mon sens. Pourquoi faire preuve de tant de violence et passer sous silence les atrocités commises à une jeune victime ? Une cohérence dans la violence doit aussi être faite.

En outre, je tiens à souligner la représentation de la Police nationale, de la Gendarmerie ainsi que de leur relation dans cette œuvre. Le cinéma d’action nous habitue à voir des fonctionnaires de Police sous-doués, ne sachant pas comment réagir, ni comment interpeler un individu. Ici, l’ambiance d’une enquête, des petites rivalités internes et externes, les tensions et les problèmes de prises de décisions sont très bien rendus. Les gendarmes et policiers ont des réactions logiques, agissent dans la conformité de leur métier, ce qui rend le film bien plus crédible : la proie n’est pas un sur-homme, juste quelqu’un d’un peu dégourdi, qui sait comment duper les forces de l’ordre.

L’ambiance installée dans un thriller de ce type est primordiale, perdre le spectateur en exploits et sur-exploits aurait fait sombrer le film dans une sorte de film d’action à suspense. Je ne dirai pas qu’il n’en est rien ici, car le fugitif à droit parfois à son lot de chance, mais nous sommes dans une œuvre de fiction après tout. Le tout est de ne pas trop dénaturer l’ensemble, ce qui est plutôt bien réussi dans La Proie.

La Proie est un bon film policier français, que je conseille sans réserve à tous car il est efficace et bien fait.

Toilez-vous bien !

PastequeMan