J'ai rencontré le Diable

J'ai rencontré le Diable

Si je ne me trompe pas, J’ai rencontré le Diable est le premier film coréen (sud coréen mais je ne crois pas qu’il soit nécessaire de le préciser…) que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma. Non pas que je boude le cinéma coréen, bien au contraire, c’est plutôt à cause du manque de distribution en province. Mais les DVD et autres moyens de diffusion m’ont tout de même permis de rattraper mon erreur et d’accrocher littéralement à ces univers très particuliers. Je crois même pouvoir affirmer que c’est un film coréen, Old Boy du génialissime Park Chan-Wook, qui a déclenché chez moi cette passion pour le cinéma dans toutes ses formes et ses couleurs.

Revenons à nos moutons (mais pourtant pas doux comme des agneaux…). J’ai rencontré le Diable est un ode à la vengeance, dans la ligné de la trilogie du réalisateur précédemment cité Park Chan-Wook. L’histoire peut paraître au premier abord assez simpliste et rebutante, il s’agit en somme d’un agent des services secrets qui se met en chasse après le serial-killer qui lui a pris sa fiancée. Nous sommes ici loin de schémas et lieux communs de notre cinéma, le tueur est connu du public dès la première scène, et le suspens quant au sort des victimes ne plane pas plus longtemps que leur tête au dessus de leurs épaules…

La profondeur du film est toute autre. C’est l’histoire d’une chasse, de la métamorphose d’un chasseur en gibier, mais l’inversion des rôles est constante. Rapidement, on ne sait plus qui est le Diable. Cette quête de vengeance prend alors une place phénoménale. Pour peu qu’on soit disposé à l’empathie, les sensations ressenties au cours de ce film sont douloureuses. Et pourtant, je ne parle pas ici de l’empathie usuelle envers une victime de violence ou torture (assez peu à l’écran finalement dans ce film), mais bien de l’empathie envers ce héros, ne jurant que par la vengeance de la mort de sa femme. La douleur de la perte d’un être cher, la douleur de se voir muter en un chasseur, prédateur, incontrôlable.

J’ai rarement vécu une telle tension psychologique au cinéma. Généralement, les films d’horreur tels que Saw et autres n’ont aucun effet sur moi, par l’irréalité qu’ils transpirent. Ici, la mise en scène, épaulée par une musique efficace, nous amène à partager la haine et donc la tension latente. Cette volonté violente de justice rendue (ou de vengeance, tout dépend du point de vue…), exacerbée par la justesse des deux acteurs coréens Lee Byung-Hun et Choi Min-sik, vaut à elle seule la peine de voir ce film. Le réalisateur nous amène au paroxysme de la morale, justifiant quelque part la justice personnelle et la vengeance jusque dans la torture extrême.

Tellement dérangeant, esthétiquement beau mais péchant légèrement par le manque de prise de risque et d’originalité sur la mise en scène, je recommande ce film à tous ceux en manque d’émotions fortes au cinéma. Nous détenons là un très bon film, qui permet au cinéma coréen de s’élever encore plus haut dans le monde du cinéma.

Toilez-vous bien!

PastequeMan