The Artist

The Artist

Jean Dujardin et Michel Hazanavicius forment un duo suffisant pour me convaincre d’aller voir leur dernière folie, le prix de l’interprétation masculine de Cannes n’étant pour moi qu’anecdotique.

Des films muets et en noir et blanc, je ne crois pas en avoir vus hormis « Les Temps Modernes ». Pas particulièrement réfractaire à ce genre, je me suis laissé tenter, pour ne pas dire que j’étais assez impatient de voir ça. Car il faut un sacré culot pour sortir un film muet en noir et blanc à l’heure de la 3D.

Le film nous plonge dans le cinéma muet des années 30, le cinéma des acteurs, accentuant le jeu, exagérant leurs émotions. Mais la parole arrive, et le monde du cinéma va changer. Certains acteurs franchissent le pas, d’autres guerroient dans le passé et s’enferme dans leur mutisme.

C’est bien là le cœur du film : mettre en opposition l’évolution du cinéma, et l’ego des acteurs, qui refusent de voir leur monde s’effondrer et un autre s’épanouir sans eux.

Bien qu’on puisse craindre la longueur du film, pour peu qu’on se laisse bercer par le jeu de Jean Dujardin et de Bérénice Bejo, le temps n’a plus de prise. On ne nous raconte pas une histoire, on nous la mime, avec passion. On s’étonne à développer de l’empathie pour ces acteurs qui jouent les acteurs, via un processus aphone.

La mise en perspective d’une rupture, d’une évolution du cinéma dans un film qui va à l’encontre de l’évolution est une merveilleuse trouvaille. De là, Michel Hazanavicius s’amuse avec le son, l’absence de son, et la palette d’émotion disponible sur le visage de ces acteurs, qu’il ne connait que trop bien.

Pied de nez aux techniques cinématographiques modernes, The Artist parvient sans un mot à nous transporter dans un autre temps, en résonnance avec notre époque. Un beau film, qui fait la part belle au cinéma d’une époque passée, qu’on prend plaisir à découvrir (mais dont il ne faudrait pas abuser). Un film qui laisse sans voix.

Toilez-vous bien !

PastequeMan