Take Shelter

Saluons la fin des fêtes de fin d’année! Se termine avec elles, une période de cinéma bien triste composée de films pour enfants et de comédies familiales. Cette année 2012 commence, à mon sens, sous de très bonnes augures et j’ai eu bien du mal à choisir quel film aller voir pour ma première séance de l’année tant le panel à l’affiche est alléchant.

Comme vous pouvez le remarquer, c’est Take Shelter qui a retenu mon attention à la fois parce qu’il a été nominé dans plusieurs festivals, que les critiques l’ont salué et que l’affiche est particulièrement réussie. Take Shelter est un film américain réalisé par un illustre inconnu : Jeff Nichols. Il relate l’histoire de Curtis LaForche (incarné par Michael Shannon) et de sa famille. Curtis est en proie à de violents cauchemars mettant en scène une tempête hors du commun. Les nuits passant, ces rêves vont l’obséder de plus en plus…

Take Shelter est tout d’abord extrêmement bien réalisé. Le choix des plans et des couleurs donne au film un aspect très pictural. Les rêves de Curtis ne sont pas décorellés du film. Ils sont en son centre et se présentent dans une sorte de continuité vis-à-vis de la vie réelle. Le but étant de faire comprendre au spectateur le réalisme saisissant que doit ressentir Curtis. Dans le même temps, Michael Shannon a su créer un contraste fort entre la nature et l’Amérique rurale d’aujourd’hui. Les scènes de tempêtes sont simplement magnifiques alors que la mise en scène des moments de la vie courante des américains appuie la décrepitude des classes moyennes.

Dans cette Amérique profonde, on est bien loin du rêve américain bien trop souvent vendu au cinéma. Michael Shannon pose, à mon sens, un oeil assez réaliste sur la question et pointe du doigt la précarité de ces classes moyennes. Il ne dénonce pas, se contente d’observer et c’est très bien joué!

Take Shelter n’est donc pas un pamphlet contre le système social américain mais bien un film sur la folie. Curtis est atteint d’une forme de folie que l’on pourrait qualifier « d’ordinaire » car elle est loin de celle décrite dans des films comme Shining. Pour moi, c’est clairement ce qui ne fonctionne pas dans ce film. Pour pouvoir être exploitable au cinéma, la folie se doit d’être extrême ou, a minima, drôle. La pathologie de Curtis ne peut être classée dans aucune de ces deux catégories. Le caractère « observateur » de la réalisation que salué plus haut dessert le film de ce point de vue. Il m’a été impossible de me sentir concerné par les problèmes de cette famille : raté!

Au final, on a un très beau film (au sens littéral du terme) servi par un casting aux petits oignons (Michael Shannon et Jessica Chastain remplissent parfaitement leur rôle) ainsi qu’une réalisation impeccable. Malheureusement, le scénario n’est pas au rendez-vous et c’est vraiment dommage. Je ne doute pas que Jeff Nichols fasse mieux la prochaine fois.

PsychoP@T